Devilman, la série TV des 70s
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Devilman, la série TV des 70s
Puisqu'on a un sujet sur Tiger Mask, pourquoi ne pas continuer dans les grands classiques ?
J'ai retrouvé sur un CD de sauvegarde cet article, écrit il y a environ 4 ans pour le magazine Babylon, dont le rédacteur-en-chef était Guillaume Dorison, plus connu aujourd'hui pour diriger la collection Shogun des Humanoïdes Associés. (C'est pour ça que vous avez un encart un peu crétin, à la fin de l'article, où j'étais censé distribuer des notes à la série... Ca faisait partie de la ligne éditoriale, il fallait noter les séries... Bon, vous verrez moi j'ai pas pu m'empêcher d'être un peu facétieux... Et par la grâce du copié-collé d'un maquettiste fort probablement surmené, ça a bel et bien été publié.)
Alors c'est un peu de la triche, mais je suis persuadé que les 0,24 personnes qui ont lu cet article à l'époque ne se sentiront pas flouées, puisque cette fois-ci, vous avez droit à la totalité des illustrations que j'avais sélectionnées à l'époque, ainsi qu'aux légendes que j'avais écrites. Deux éléments qui sont plus ou moins passés à la trappe dans la maquette de Babylon (spéciale dédicace au maquettiste qui a sorti je ne sais d'où une image pornographique - absoluement non officielle évidemment - de DevilLady - qui n'est, comme son nom l'indique, pas la série dont l'article parlait : ce hors-sujet total m'a fait rire des années durant et... ha ha ha... continue de me faire rire ! Merci!).
Allez, c'est parti.
DEVILMAN

La belle Miki ne saurait imaginer que son mec est en fait le terrible Devilman.
Le public français connaît déjà Devilman par le manga original de Gô Nagai, publié par Dybex, et les deux OAVs sortis chez Manga Vidéo. Mais il existe un autre Devilman moins célèbre dans l’hexagone. Souvent décrite comme une version aseptisée qui trahit l’œuvre originale, la série télévisée Devilman de 1972 reste un ovni télévisuel pour le spectateur français des années 2000 : une série pour enfants ultra-violente dont le message fondamental est que l’amour triomphe de tout…
LES ORIGINES DU SLIP BLEU
C’est en 1972 que les responsables de Toei Animation, fascinés par un manga d’horreur intitulé Maô Dante publié dans Bokura Magazine, commandent à son auteur, Gô Nagai, un concept de série animée similaire. Le dessinateur, alors âgé de 27 ans, a déjà abandonné le manga (qui demeure à ce jour inachevé) pour en recycler les concepts de base dans un nouveau projet intitulé Devilman. Tout comme dans Maô Dante, on y découvre que les premiers habitants de la Terre étaient des démons, qui s’apprêtent à rompre leur sommeil séculaire pour annihiler l’humanité. Le personnage principal, alors baptisé Takeshi Maki (plus tard Akira Fudô), est un jeune garçon qui devient un démon afin de combattre cette armée diabolique. Pour le compte de Toei, Nagai et son studio Dynamic Productions produisent un livret de présentation illustrant le projet en cours. Mais la chaîne de télévision TV Asahi tique en découvrant le look du "héros" : un véritable démon, à la bouche déformée, aux dents pointues et aux yeux vides. Nagai livre une seconde présentation, où le Devilman originel, rebaptisé "Zenon", devient le grand méchant et où apparaît un nouveau Devilman au look très proche du superhéros Ultraman. D’autres modifications sont exigées, et Nagai préfère laisser carte blanche au designer choisi par Toei, Kazuo Komatsubara, pour mieux se consacrer à la version manga.


Présentation initiale de Devilman pour la chaîne TV Asahi : un look très "Ultramanien"
L’AMI DES ENFANTS

Traaansmuta… Ah non, pardon.
Avec son gros bide, ses bonnes joues de bébé et son slip de bain bleu, Devilman version Toei ressemble au Superman d'Al Plastino ou Wayne Boring, modèle de divertissement inoffensif s'il en est. Il n’a plus ni griffes ni crocs, sans doute pour permettre au jeune téléspectateur de mieux le différencier des méchants, au look grotesque et directement inspiré des designs de Nagai. Ce Devilman–ci est sans aucun doute un dessin animé pour enfants. Le casting de base reste le même que dans celui du manga, à savoir Akira Fudô, sa petite amie Miki, les parents de celle-ci (à peine plus que des figurants) et son jeune frère Tare. Exit Ryô Asuka, le blondin du manga qui sera révélé comme l’ange androgyne Satan, trop ambigu. On ajoute en revanche un professeur de lycée complètement abruti, Alfonne, un proviseur-nabot tout droit sorti de South Park et un concierge au crâne en forme de goutte pour assurer la dose réglementaire d’humour slapstick. Leurs pitreries feront partie des gimmicks répétés à chaque épisode, tout comme les pipi-culotte d’un Tare-chan épouvanté par la vision répétée de monstres démoniaques. Autre passage obligé : sous son identité humaine, Devilman est blessé au début de chaque épisode. Devenu le géant en calbuth, sa blessure grandit également et devient son point faible lors du combat final : un concept tout droit surgit d’Ultraman qui devait défaire ses ennemis en un temps donné avant de reprendre forme humaine.

Les pissous de Tare-Chan, un grand classique.
Généralement, si le look pseudo-Ultraman proposé par Nagai est mis au rencard, l’influence des séries Live de ce type demeure : manière de se battre du héros (technique de brute à base de grosses baffes), transformation emblématique (le poing vers le ciel en hurlant un mot de passe, à la Spectreman), cieux rouges et tanks tout droits échappés d’un Godzilla, tout cela sent bon le "tokusatsu" transposé sur cellulo. Mais même en ciblant les jeunes amateurs de monstres en caoutchouc, les créateurs conservent un peu du style Nagai, à travers un arsenal de gadgets typique des robots géants du maître. Le Devil Arrow (éclair frontal, à la corno-fulgure) et le Devil Cutter (nuée de "clavigogyres" propulsés par sa boucle de ceinture) sont à cet égard éloquents. On peut également voir en DM un prototype d’Actarus : comme le prince d’Euphor, il vient d’un autre monde (les profondeurs de l’Himalaya où demeurent les démons) et se cache derrière une identité secrète. Deux points qui les différencient des autres héros Nagaïens de l’époque. Mais la comparaison s’arrête là : contrairement à Actarus, Devilman se moque éperdument de l’amour des oiseaux, des fleurs et des enfants.

La technique Devilman : des gnons dans la bouille.
J'ai retrouvé sur un CD de sauvegarde cet article, écrit il y a environ 4 ans pour le magazine Babylon, dont le rédacteur-en-chef était Guillaume Dorison, plus connu aujourd'hui pour diriger la collection Shogun des Humanoïdes Associés. (C'est pour ça que vous avez un encart un peu crétin, à la fin de l'article, où j'étais censé distribuer des notes à la série... Ca faisait partie de la ligne éditoriale, il fallait noter les séries... Bon, vous verrez moi j'ai pas pu m'empêcher d'être un peu facétieux... Et par la grâce du copié-collé d'un maquettiste fort probablement surmené, ça a bel et bien été publié.)
Alors c'est un peu de la triche, mais je suis persuadé que les 0,24 personnes qui ont lu cet article à l'époque ne se sentiront pas flouées, puisque cette fois-ci, vous avez droit à la totalité des illustrations que j'avais sélectionnées à l'époque, ainsi qu'aux légendes que j'avais écrites. Deux éléments qui sont plus ou moins passés à la trappe dans la maquette de Babylon (spéciale dédicace au maquettiste qui a sorti je ne sais d'où une image pornographique - absoluement non officielle évidemment - de DevilLady - qui n'est, comme son nom l'indique, pas la série dont l'article parlait : ce hors-sujet total m'a fait rire des années durant et... ha ha ha... continue de me faire rire ! Merci!).
Allez, c'est parti.
DEVILMAN

La belle Miki ne saurait imaginer que son mec est en fait le terrible Devilman.
Le public français connaît déjà Devilman par le manga original de Gô Nagai, publié par Dybex, et les deux OAVs sortis chez Manga Vidéo. Mais il existe un autre Devilman moins célèbre dans l’hexagone. Souvent décrite comme une version aseptisée qui trahit l’œuvre originale, la série télévisée Devilman de 1972 reste un ovni télévisuel pour le spectateur français des années 2000 : une série pour enfants ultra-violente dont le message fondamental est que l’amour triomphe de tout…
LES ORIGINES DU SLIP BLEU
C’est en 1972 que les responsables de Toei Animation, fascinés par un manga d’horreur intitulé Maô Dante publié dans Bokura Magazine, commandent à son auteur, Gô Nagai, un concept de série animée similaire. Le dessinateur, alors âgé de 27 ans, a déjà abandonné le manga (qui demeure à ce jour inachevé) pour en recycler les concepts de base dans un nouveau projet intitulé Devilman. Tout comme dans Maô Dante, on y découvre que les premiers habitants de la Terre étaient des démons, qui s’apprêtent à rompre leur sommeil séculaire pour annihiler l’humanité. Le personnage principal, alors baptisé Takeshi Maki (plus tard Akira Fudô), est un jeune garçon qui devient un démon afin de combattre cette armée diabolique. Pour le compte de Toei, Nagai et son studio Dynamic Productions produisent un livret de présentation illustrant le projet en cours. Mais la chaîne de télévision TV Asahi tique en découvrant le look du "héros" : un véritable démon, à la bouche déformée, aux dents pointues et aux yeux vides. Nagai livre une seconde présentation, où le Devilman originel, rebaptisé "Zenon", devient le grand méchant et où apparaît un nouveau Devilman au look très proche du superhéros Ultraman. D’autres modifications sont exigées, et Nagai préfère laisser carte blanche au designer choisi par Toei, Kazuo Komatsubara, pour mieux se consacrer à la version manga.


Présentation initiale de Devilman pour la chaîne TV Asahi : un look très "Ultramanien"
L’AMI DES ENFANTS

Traaansmuta… Ah non, pardon.
Avec son gros bide, ses bonnes joues de bébé et son slip de bain bleu, Devilman version Toei ressemble au Superman d'Al Plastino ou Wayne Boring, modèle de divertissement inoffensif s'il en est. Il n’a plus ni griffes ni crocs, sans doute pour permettre au jeune téléspectateur de mieux le différencier des méchants, au look grotesque et directement inspiré des designs de Nagai. Ce Devilman–ci est sans aucun doute un dessin animé pour enfants. Le casting de base reste le même que dans celui du manga, à savoir Akira Fudô, sa petite amie Miki, les parents de celle-ci (à peine plus que des figurants) et son jeune frère Tare. Exit Ryô Asuka, le blondin du manga qui sera révélé comme l’ange androgyne Satan, trop ambigu. On ajoute en revanche un professeur de lycée complètement abruti, Alfonne, un proviseur-nabot tout droit sorti de South Park et un concierge au crâne en forme de goutte pour assurer la dose réglementaire d’humour slapstick. Leurs pitreries feront partie des gimmicks répétés à chaque épisode, tout comme les pipi-culotte d’un Tare-chan épouvanté par la vision répétée de monstres démoniaques. Autre passage obligé : sous son identité humaine, Devilman est blessé au début de chaque épisode. Devenu le géant en calbuth, sa blessure grandit également et devient son point faible lors du combat final : un concept tout droit surgit d’Ultraman qui devait défaire ses ennemis en un temps donné avant de reprendre forme humaine.

Les pissous de Tare-Chan, un grand classique.
Généralement, si le look pseudo-Ultraman proposé par Nagai est mis au rencard, l’influence des séries Live de ce type demeure : manière de se battre du héros (technique de brute à base de grosses baffes), transformation emblématique (le poing vers le ciel en hurlant un mot de passe, à la Spectreman), cieux rouges et tanks tout droits échappés d’un Godzilla, tout cela sent bon le "tokusatsu" transposé sur cellulo. Mais même en ciblant les jeunes amateurs de monstres en caoutchouc, les créateurs conservent un peu du style Nagai, à travers un arsenal de gadgets typique des robots géants du maître. Le Devil Arrow (éclair frontal, à la corno-fulgure) et le Devil Cutter (nuée de "clavigogyres" propulsés par sa boucle de ceinture) sont à cet égard éloquents. On peut également voir en DM un prototype d’Actarus : comme le prince d’Euphor, il vient d’un autre monde (les profondeurs de l’Himalaya où demeurent les démons) et se cache derrière une identité secrète. Deux points qui les différencient des autres héros Nagaïens de l’époque. Mais la comparaison s’arrête là : contrairement à Actarus, Devilman se moque éperdument de l’amour des oiseaux, des fleurs et des enfants.

La technique Devilman : des gnons dans la bouille.
Dernière édition par JayWicky le Jeu 30 Oct 2008, 13:58, édité 1 fois

JayWicky- Pègre du dimanche

Re: Devilman, la série TV des 70s
ON L’APPELLE LE TRAÎTRE

Devilman contre Zannin, un personnage tiré du manga Maô Dante.
Les références aux gentils super-héros, l’humour de jardin d’enfants, les cris de guerre et les armes secrètes à reproduire en cour de récré ne font que renforcer le principe fondamentalement iconoclaste de la série : le héros de cette série pour la jeunesse est un méchant. Si le manga originel explore des thèmes ouvertement plus adultes, il met toutefois en scène les aventures d’un bon garçon, Akira Fudô, qui parvient à posséder et contrôler le corps du démon Amon. Dans le dessin animé, l’inverse exact se produit. Lors d’une expédition dans l’Himalaya, Devilman tue Akira Fudô et son père, puis investit la dépouille mortelle du jeune homme afin d’espionner les humains. Il faut alors bien comprendre que si pour les autres hommes, il est Akira, le héros de nos chers bambins est un imposteur, un démon visant l’extermination des humains. Cette situation ne sera jamais rectifiée : Devilman reste Devilman et Akira demeure ce qu’il est jusqu’à la fin, un cadavre ambulant qui sert de masque au monstre.

Le véritable Akira, mort dès le premier épisode.
Dès lors, plutôt qu’une trahison, on peut considérer le dessin animé comme une version miroir du manga, où Akira, luttant perpétuellement pour contrôler le démon Amon, symbolisait la société japonaise et son sens du sacrifice et du consensus. Ce n'est que vers la fin du manga qu'Akira, traumatisé par la mort de Miki et de plus en plus influencé par l'esprit d'Amon, se retourne contre la race humaine. Le D.A., en revanche, nous présente un démon cruel qui, pour l’amour de la même Miki, va progressivement devenir de plus en plus humain au fil des épisodes.
L’AMOUR EST TOUT PUISSANT…

Akira et Miki, le couple-vedette de Devilman.
C'est le principal sujet de la série : un démon tombé amoureux d'une humaine sans qui l'humanité était perdue. Dès le premier épisode, lorsque son congénère Henge vient l’exhorter à tuer des humains plutôt que de bâiller aux corneilles, Devilman met les choses au point. "Je n’ai pas trahi la tribu des démons, je ne me suis pas allié aux humains… mais Miki a quelque chose de spécial", dit-il avant d’abattre le monstre-éléphant. À un autre, il déclare que "les humains peuvent bien tomber en poussière, je me moque qu’ils meurent ou qu’ils vivent… ". Il faudra cinq épisodes pour que DM, ému par le sort de Rita, démone humanophile dévorée et absorbée par la sorcière Zordoba, se désigne ouvertement protecteur de la race humaine. Mais toujours, Miki reste sa principale motivation : dans les 14 premiers épisodes, elle est la cible principale des démons, qui vont jusqu’à envoyer un autre démon grimé en humain, Himura (sosie du Ryô Asuka du manga), pour la séduire. Lorsque Zannin, un des généraux du roi-démon Zenon, blesse gravement sa belle, Devilman retourne dans l’Himalaya, tue Zannin et Himura, et réalise que les démons se sont dispersés à travers la Terre. Le combat de DM devient global, un tournant dans la série comparable au légendaire Vaincre ou Périr de Goldorak.

Tare-chan doit triompher de sa peur pour protéger sa Miyo chérie.

Todaiji, lycéen stakhanoviste et futur salaryman…

… perpétuellement tiraillé entre sa mère et sa copine Chiako.
Dès l’épisode 15, le casting se développe ainsi que le thème de l'amour sauveur. Le jeune Tare-Chan se voit ainsi attribuer une petite amie, Miyo, pour laquelle il s’endurcit au fil des épisodes : ses mictions involontaires et humiliantes se raréfient au profit d’actes de bravoure de plus en plus fréquents. Todaiji, premier de la classe aperçu dans le premier épisode (où il se faisait rosser par "Akira") trouve lui aussi l’amour dans les bras de Chiako, fille d’un tenancier de bar : il fait ainsi face aux pressions d’une mère castratrice qui le force à étudier constamment "pour ne pas finir comme son mollasson de père". Ces deux nouveaux couples seront presque constamment présents pendant la dizaine d’épisodes qui suit, également caractérisée par l’arrivée d’un nouveau général démon, Muzan. Ce dernier disparaît à l’épisode 25, lors d’un combat au beau milieu de l’école de nos héros, où Todaiji risque sa vie pour sauver sa belle, une évolution similaire à celle de Tare-Chan.

Muzan, le démon aux sept queues (dont une devant, ben oui…)

Devilman contre Zannin, un personnage tiré du manga Maô Dante.
Les références aux gentils super-héros, l’humour de jardin d’enfants, les cris de guerre et les armes secrètes à reproduire en cour de récré ne font que renforcer le principe fondamentalement iconoclaste de la série : le héros de cette série pour la jeunesse est un méchant. Si le manga originel explore des thèmes ouvertement plus adultes, il met toutefois en scène les aventures d’un bon garçon, Akira Fudô, qui parvient à posséder et contrôler le corps du démon Amon. Dans le dessin animé, l’inverse exact se produit. Lors d’une expédition dans l’Himalaya, Devilman tue Akira Fudô et son père, puis investit la dépouille mortelle du jeune homme afin d’espionner les humains. Il faut alors bien comprendre que si pour les autres hommes, il est Akira, le héros de nos chers bambins est un imposteur, un démon visant l’extermination des humains. Cette situation ne sera jamais rectifiée : Devilman reste Devilman et Akira demeure ce qu’il est jusqu’à la fin, un cadavre ambulant qui sert de masque au monstre.

Le véritable Akira, mort dès le premier épisode.
Dès lors, plutôt qu’une trahison, on peut considérer le dessin animé comme une version miroir du manga, où Akira, luttant perpétuellement pour contrôler le démon Amon, symbolisait la société japonaise et son sens du sacrifice et du consensus. Ce n'est que vers la fin du manga qu'Akira, traumatisé par la mort de Miki et de plus en plus influencé par l'esprit d'Amon, se retourne contre la race humaine. Le D.A., en revanche, nous présente un démon cruel qui, pour l’amour de la même Miki, va progressivement devenir de plus en plus humain au fil des épisodes.
L’AMOUR EST TOUT PUISSANT…

Akira et Miki, le couple-vedette de Devilman.
C'est le principal sujet de la série : un démon tombé amoureux d'une humaine sans qui l'humanité était perdue. Dès le premier épisode, lorsque son congénère Henge vient l’exhorter à tuer des humains plutôt que de bâiller aux corneilles, Devilman met les choses au point. "Je n’ai pas trahi la tribu des démons, je ne me suis pas allié aux humains… mais Miki a quelque chose de spécial", dit-il avant d’abattre le monstre-éléphant. À un autre, il déclare que "les humains peuvent bien tomber en poussière, je me moque qu’ils meurent ou qu’ils vivent… ". Il faudra cinq épisodes pour que DM, ému par le sort de Rita, démone humanophile dévorée et absorbée par la sorcière Zordoba, se désigne ouvertement protecteur de la race humaine. Mais toujours, Miki reste sa principale motivation : dans les 14 premiers épisodes, elle est la cible principale des démons, qui vont jusqu’à envoyer un autre démon grimé en humain, Himura (sosie du Ryô Asuka du manga), pour la séduire. Lorsque Zannin, un des généraux du roi-démon Zenon, blesse gravement sa belle, Devilman retourne dans l’Himalaya, tue Zannin et Himura, et réalise que les démons se sont dispersés à travers la Terre. Le combat de DM devient global, un tournant dans la série comparable au légendaire Vaincre ou Périr de Goldorak.

Tare-chan doit triompher de sa peur pour protéger sa Miyo chérie.

Todaiji, lycéen stakhanoviste et futur salaryman…

… perpétuellement tiraillé entre sa mère et sa copine Chiako.
Dès l’épisode 15, le casting se développe ainsi que le thème de l'amour sauveur. Le jeune Tare-Chan se voit ainsi attribuer une petite amie, Miyo, pour laquelle il s’endurcit au fil des épisodes : ses mictions involontaires et humiliantes se raréfient au profit d’actes de bravoure de plus en plus fréquents. Todaiji, premier de la classe aperçu dans le premier épisode (où il se faisait rosser par "Akira") trouve lui aussi l’amour dans les bras de Chiako, fille d’un tenancier de bar : il fait ainsi face aux pressions d’une mère castratrice qui le force à étudier constamment "pour ne pas finir comme son mollasson de père". Ces deux nouveaux couples seront presque constamment présents pendant la dizaine d’épisodes qui suit, également caractérisée par l’arrivée d’un nouveau général démon, Muzan. Ce dernier disparaît à l’épisode 25, lors d’un combat au beau milieu de l’école de nos héros, où Todaiji risque sa vie pour sauver sa belle, une évolution similaire à celle de Tare-Chan.

Muzan, le démon aux sept queues (dont une devant, ben oui…)

JayWicky- Pègre du dimanche

Re: Devilman, la série TV des 70s
…MAIS LA VIOLENCE RÉSOUT TOUS LES PROBLEMES

Le sort typique des ennemis de Devilman.
"Je n’ai jamais pu admettre que Devilman porte un slip dans le dessin animé", dira plus tard Gô Nagai au sujet du travail d’adaptation de Komatsubara. Au vu des 39 épisodes de la série, on peut en effet se demander en quoi le look satyre grec du Devilman originel a pu choquer les responsables de la télévision japonaise. Le degré de violence, bien que considérablement atténué par rapport au manga, est proprement hallucinant pour un dessin animé télévisé destiné à la jeunesse : Devilman, avec ses couleurs primaires et ses monstres caricaturaux, ne vise évidemment pas le public adulte des gekiha. Pourtant, les ennemis de DM y sont à chaque épisode mutilés, amputés, brûlés vifs, décapités… Le sang gicle, quelquefois bleu ou violet, mais souvent rouge et toujours abondant. Les victimes humaines des démons sont légion, assassinés en masse ou individuellement. La scène gore la plus mémorable montre la tête en décomposition d’un peintre en bâtiment, son sang maculant les murs d’une salle de classe. De nombreux classiques du film d’horreur sont cités : ombres et blancs expressionnistes, symbolique de la tête de mort (ép.6), oiseaux tueurs (ép. 9), vampires à la peau bleue zombiesque (ép.4)… Les enjeux sont donc un tantinet plus élevés que dans les feuilletons favoris des enfants des années 2000, où il s’agit surtout de gagner une partie de jeux de carte, de toupie ou un tournoi de gentils petits monstres. Le tout mené à un rythme d’enfer, à grand renfort d’effets visuels psychédéliques : jets de peinture à la Jackson Pollock, fonds lumineux disco, éclairs fracassants… sans oublier les monstres titanesques en contre-plongée, les virgules de mouvement déformant les visages hachurés au crayon gras. À n’en pas douter, c’est dans cette animation-là entre autres qu’un génie du D.A. télévisé tel que Genndy Tartakovsky vient puiser son inspiration. Une animation saccadée comme le veut l’époque, soulignant parfaitement les sujets violents et choquants, la colère typiquement 70s qui imprègne la série.

Au menu : mômes cramés.

La scène de décapitation la plus soft de la série.

"Mais puisque je vous dis qu’il n’y a pas d’arrêt jusqu’à Chaumont ! Ackk !"
NO FUTURE

Dans Devilman, même les démons mâles sont nichonnés à souhait.

Le corps enseignant dans ses œuvres.
Car plus encore que la violence graphique, finalement assez représentative de son époque (Tiger Mask en est un autre exemple), l’aspect le plus saisissant de Devilman est son anti-conformisme patenté, sa volonté bon enfant de choquer le bourgeois et de saper les institutions tout en racontant des histoires de monstres qui se castagnent. En notre époque où la télé française pixellise des poitrines nues comme en Amérique, les situations implicitement érotiques décrites dans la série semblent hallucinantes. On a déjà vu que les héros passent leur temps à conter fleurette aux bougresses. Que dire de cette scène de S&M japonais typique où Devilman attache la démone Iyamon et fouette sa poitrine dénudée (ép. 8 ) ? Goldorak avait fait scandale dans la France de 1978 : aujourd’hui, les pédopsychiatres responsable du contrôle des programmes jeunesse seraient sans doute pris de nausée à la vue de Devilman. Le héros principal, en plus d’être un démon déguisé en homme, se comporte comme un véritable sauvageon, attaquant régulièrement ses camarades d’école avec son ceinturon… ainsi que ses professeurs ! Le pire est qu’Alfonne et le proviseur sont deux personnages méprisables, deux vieux pervers obsédés par leurs étudiantes (en particulier Miki), qui sont bien évidemment toutes mineures. Bien qu’implicitement mariés (l’épouse d’Alfonne est aperçue dans un seul épisode), ils n’ont pas su trouver l’amour, au contraire de nos jeunes héros, et sont ainsi tournés en ridicule. Harenchi Gakuen ("L’école impudique"), manga underground de Nagai qui lui a valu les foudres des associations de parents, est le modèle évident de ces saynètes décrivant le monde des adultes sans aménité. Les médecins sont soit fainéants, soit ouvertement corrompus (deux d’entre eux tentent de se débarrasser d’une patiente encombrante dans l’épisode 27) ; les policiers incapables ou chochottes caricaturales. Un thème récurrent est la possession d’humains par les démons : c’est aussi l’occasion pour ces salarymen typiques de se défouler sans responsabilité, une critique évidente du carcan qu’imposait déjà la société japonaise des 70s. Le démon alcoolique Kiruski résume bien la situation dans l’épisode 31 en déclarant : "La ville des humains est pire encore que le monde des démons !"

"Il ne faut que 5/100èmes de seconde à Devilman pour faire sauter le soutif d’une nana d’un coup de fouet…"

"...mais revoyons la scène au ralenti."
LE DÉNOUEMENT

Reikoku et sa garde-robe vivante : chaque vêtement s’incarne en un démon…

C’est dur d’être un Plaît-bois : Akira pris entre Lala et Miki.
Malgré l’arrivée de nouvelles têtes comme Todaiji et Miyo, la formule "fleur bleue" finit par s’essouffler, peut-être parce que Devilman devient nettement moins ambigü et par là même intéressant. En même temps qu’apparaît un nouveau général démon, Reikoku (ép.27), les scénaristes retentent la formule du triangle amoureux inaugurée par Himura en collant dans les pattes de Devilman une démone bête comme ses pieds nommée Lala. D’une laideur hallucinante, ses dons de transformation lui donnent l’apparence d’une jolie poupée qui se persuade de l’amour d’un Devilman bien marri par la situation. D’abord amusante, puis franchement agaçante, Lala devient finalement attachante lorsqu’elle est brûlée vive par Magudora, un sous-fifre au design banal : triste fin pour celle qui avait survécu au combat final contre la multiforme Reikoku. Il n’empêche que la période Lala/Reikoku est la plus pauvre de la série : les ennemis de Devilman sont de plus en plus cartoony et ouvertement comiques et les scènes d’action nettement moins rythmées et violentes qu’auparavant.

God, adversaire final de Devilman.

Devilman (tout) contre God.
Le 39ème et dernier épisode atteint des sommets dans l’iconoclasme, puisque le dernier adversaire de Devilman se nomme carrément… God ! Plus choquant encore, ce personnage qui s’identifie textuellement à Dieu (il maîtrise les éléments, les animaux et fait apparaître la Tour de Babel) n’est qu’un double négatif de Devilman, ce qui lui vaut d’être rebaptisé "Godman" dans la version italienne. Capable de semer le chaos sur la Terre entière, il fait chanter Devilman, menaçant de dévoiler son identité à Miki s’il essaie d’interrompre ses plans apocalyptiques. Le spectateur évalue ici l’évolution psychologique de Devilman, qui dans les premiers épisodes aurait sans doute accepté de bon cœur un tel pacte. Mais lorsque Miyo et Tare sont menacés par God, "Akira" rompt sa promesse : en larmes, il devient Devilman sous les yeux de Miki. Celle-ci, qui n’a visiblement pas lu l’Ancien Testament, refuse de croire que le responsable de tant de destruction puisse être Dieu : God est donc un menteur et c’est lui qui a changé son Akira chéri en monstre géant. Galvanisé par les encouragements de Miki, Devilman triomphe de son double et reprend forme humaine. Nos héros s’en vont vers le soleil couchant : la voix-off annonce alors que de nombreux autres démons subsistent et que Devilman a encore du pain sur la planche. Une fin en queue de poisson que le Roman Album (sorte de livre-résumé d'une série animée, abondamment illustré, et très prisé des amateurs de l'époque) consacré à Devilman préfère remplacer par celle du manga (avec un duel final entre Devilman et l'ange Satan, pourtant absent du D.A. comme il est dit plus haut)…




Extraits du "Roman Album", sorte d'art-book consacré à la série TV Devilman, qui substitue à sa fin en queue de poisson la conclusion (pas vraiment adéquate) du manga original de Gô Nagai)...
À SUIVRE ?

Deuxième volume du "Click Manga" Dynamic Robot Taisen…

… où Devilman rencontre une partie du casting de Goldorak.
L’histoire aurait pu continuer dans Dynamic Robot Taisen, un "click manga" (BD interactive sur CD, lisible sur Playstation) produit par Sony et Tokuma Shoten en 1999 : Devilman fait une apparition dans ce crossover réunissant également les deux Mazingers, Goldorak et Gettarobo. Hélas, l’aventure est interrompue dès le deuxième CD, au grand dam des fans de Goldorak également puisqu’on y découvrait le destin d’Euphor après la fin des aventures d’Actarus. Ce n’est pas la seule incursion de ce Devilman alternatif dans le 9ème art, puisqu’en plus d’une cameo dans le manga Mazinger Z (sous forme de statue), il a eu droit à deux "comicizations" différentes dans le magazine pour enfants TV Magazine. À ne pas confondre avec le manga original, ces deux BD, (l'une signée Mitsuru Hiruta et l'autre par Masaru Isogo reprennent fidèlement les intrigues de nombreux épisodes du DA. Seuls les épisodes signés Hiruta furent publiés en format poche, chez Sunday Comics, Nagaoka Comics et ST Comics, ce qui ne les rend pas moins incunables aujourd’hui.


Adaptation du D.A. sous forme de manga par Mitsuru Hiruta.
Devilman n’a pas piqué que son look aux super-héros américains : comme les séries animées US, ses aventures se terminent sur une fin ouverte. Malgré le potentiel évident d’une suite, les relations tumultueuses entre Nagai et Toei Animation, qui nous privent déjà d’une sortie DVD en France de Goldorak, rendent sans doute impossible un tel projet. Pendant ce temps, Gô Nagai persiste à donner des suites au manga Devilman, œuvre parfaite et finie depuis 32 ans…
Jérôme WICKY
Fiche technique :
* Date de réalisation/studio : 1972 / Toei Animation
* Date de diffusion + chaîne si série TV : Du 8 juillet 1972 au 7 avril 1973 sur TV Asahi (NET)
* Sortie française ? Editeur ? : Non
Fiche test :
• Réalisation : 20/20 (*)
• Scénario : 20/20 (**)
• Intérêt global : 20/20 (***)
(*) Sauf si vous avez envie de donner une autre note, 0/20 par exemple.
(**) Sauf si vous avez votre propre opinion.
(***) Sauf si vous êtes contre ce système de notation.

Le sort typique des ennemis de Devilman.
"Je n’ai jamais pu admettre que Devilman porte un slip dans le dessin animé", dira plus tard Gô Nagai au sujet du travail d’adaptation de Komatsubara. Au vu des 39 épisodes de la série, on peut en effet se demander en quoi le look satyre grec du Devilman originel a pu choquer les responsables de la télévision japonaise. Le degré de violence, bien que considérablement atténué par rapport au manga, est proprement hallucinant pour un dessin animé télévisé destiné à la jeunesse : Devilman, avec ses couleurs primaires et ses monstres caricaturaux, ne vise évidemment pas le public adulte des gekiha. Pourtant, les ennemis de DM y sont à chaque épisode mutilés, amputés, brûlés vifs, décapités… Le sang gicle, quelquefois bleu ou violet, mais souvent rouge et toujours abondant. Les victimes humaines des démons sont légion, assassinés en masse ou individuellement. La scène gore la plus mémorable montre la tête en décomposition d’un peintre en bâtiment, son sang maculant les murs d’une salle de classe. De nombreux classiques du film d’horreur sont cités : ombres et blancs expressionnistes, symbolique de la tête de mort (ép.6), oiseaux tueurs (ép. 9), vampires à la peau bleue zombiesque (ép.4)… Les enjeux sont donc un tantinet plus élevés que dans les feuilletons favoris des enfants des années 2000, où il s’agit surtout de gagner une partie de jeux de carte, de toupie ou un tournoi de gentils petits monstres. Le tout mené à un rythme d’enfer, à grand renfort d’effets visuels psychédéliques : jets de peinture à la Jackson Pollock, fonds lumineux disco, éclairs fracassants… sans oublier les monstres titanesques en contre-plongée, les virgules de mouvement déformant les visages hachurés au crayon gras. À n’en pas douter, c’est dans cette animation-là entre autres qu’un génie du D.A. télévisé tel que Genndy Tartakovsky vient puiser son inspiration. Une animation saccadée comme le veut l’époque, soulignant parfaitement les sujets violents et choquants, la colère typiquement 70s qui imprègne la série.

Au menu : mômes cramés.

La scène de décapitation la plus soft de la série.

"Mais puisque je vous dis qu’il n’y a pas d’arrêt jusqu’à Chaumont ! Ackk !"
NO FUTURE

Dans Devilman, même les démons mâles sont nichonnés à souhait.

Le corps enseignant dans ses œuvres.
Car plus encore que la violence graphique, finalement assez représentative de son époque (Tiger Mask en est un autre exemple), l’aspect le plus saisissant de Devilman est son anti-conformisme patenté, sa volonté bon enfant de choquer le bourgeois et de saper les institutions tout en racontant des histoires de monstres qui se castagnent. En notre époque où la télé française pixellise des poitrines nues comme en Amérique, les situations implicitement érotiques décrites dans la série semblent hallucinantes. On a déjà vu que les héros passent leur temps à conter fleurette aux bougresses. Que dire de cette scène de S&M japonais typique où Devilman attache la démone Iyamon et fouette sa poitrine dénudée (ép. 8 ) ? Goldorak avait fait scandale dans la France de 1978 : aujourd’hui, les pédopsychiatres responsable du contrôle des programmes jeunesse seraient sans doute pris de nausée à la vue de Devilman. Le héros principal, en plus d’être un démon déguisé en homme, se comporte comme un véritable sauvageon, attaquant régulièrement ses camarades d’école avec son ceinturon… ainsi que ses professeurs ! Le pire est qu’Alfonne et le proviseur sont deux personnages méprisables, deux vieux pervers obsédés par leurs étudiantes (en particulier Miki), qui sont bien évidemment toutes mineures. Bien qu’implicitement mariés (l’épouse d’Alfonne est aperçue dans un seul épisode), ils n’ont pas su trouver l’amour, au contraire de nos jeunes héros, et sont ainsi tournés en ridicule. Harenchi Gakuen ("L’école impudique"), manga underground de Nagai qui lui a valu les foudres des associations de parents, est le modèle évident de ces saynètes décrivant le monde des adultes sans aménité. Les médecins sont soit fainéants, soit ouvertement corrompus (deux d’entre eux tentent de se débarrasser d’une patiente encombrante dans l’épisode 27) ; les policiers incapables ou chochottes caricaturales. Un thème récurrent est la possession d’humains par les démons : c’est aussi l’occasion pour ces salarymen typiques de se défouler sans responsabilité, une critique évidente du carcan qu’imposait déjà la société japonaise des 70s. Le démon alcoolique Kiruski résume bien la situation dans l’épisode 31 en déclarant : "La ville des humains est pire encore que le monde des démons !"

"Il ne faut que 5/100èmes de seconde à Devilman pour faire sauter le soutif d’une nana d’un coup de fouet…"

"...mais revoyons la scène au ralenti."
LE DÉNOUEMENT

Reikoku et sa garde-robe vivante : chaque vêtement s’incarne en un démon…

C’est dur d’être un Plaît-bois : Akira pris entre Lala et Miki.
Malgré l’arrivée de nouvelles têtes comme Todaiji et Miyo, la formule "fleur bleue" finit par s’essouffler, peut-être parce que Devilman devient nettement moins ambigü et par là même intéressant. En même temps qu’apparaît un nouveau général démon, Reikoku (ép.27), les scénaristes retentent la formule du triangle amoureux inaugurée par Himura en collant dans les pattes de Devilman une démone bête comme ses pieds nommée Lala. D’une laideur hallucinante, ses dons de transformation lui donnent l’apparence d’une jolie poupée qui se persuade de l’amour d’un Devilman bien marri par la situation. D’abord amusante, puis franchement agaçante, Lala devient finalement attachante lorsqu’elle est brûlée vive par Magudora, un sous-fifre au design banal : triste fin pour celle qui avait survécu au combat final contre la multiforme Reikoku. Il n’empêche que la période Lala/Reikoku est la plus pauvre de la série : les ennemis de Devilman sont de plus en plus cartoony et ouvertement comiques et les scènes d’action nettement moins rythmées et violentes qu’auparavant.

God, adversaire final de Devilman.

Devilman (tout) contre God.
Le 39ème et dernier épisode atteint des sommets dans l’iconoclasme, puisque le dernier adversaire de Devilman se nomme carrément… God ! Plus choquant encore, ce personnage qui s’identifie textuellement à Dieu (il maîtrise les éléments, les animaux et fait apparaître la Tour de Babel) n’est qu’un double négatif de Devilman, ce qui lui vaut d’être rebaptisé "Godman" dans la version italienne. Capable de semer le chaos sur la Terre entière, il fait chanter Devilman, menaçant de dévoiler son identité à Miki s’il essaie d’interrompre ses plans apocalyptiques. Le spectateur évalue ici l’évolution psychologique de Devilman, qui dans les premiers épisodes aurait sans doute accepté de bon cœur un tel pacte. Mais lorsque Miyo et Tare sont menacés par God, "Akira" rompt sa promesse : en larmes, il devient Devilman sous les yeux de Miki. Celle-ci, qui n’a visiblement pas lu l’Ancien Testament, refuse de croire que le responsable de tant de destruction puisse être Dieu : God est donc un menteur et c’est lui qui a changé son Akira chéri en monstre géant. Galvanisé par les encouragements de Miki, Devilman triomphe de son double et reprend forme humaine. Nos héros s’en vont vers le soleil couchant : la voix-off annonce alors que de nombreux autres démons subsistent et que Devilman a encore du pain sur la planche. Une fin en queue de poisson que le Roman Album (sorte de livre-résumé d'une série animée, abondamment illustré, et très prisé des amateurs de l'époque) consacré à Devilman préfère remplacer par celle du manga (avec un duel final entre Devilman et l'ange Satan, pourtant absent du D.A. comme il est dit plus haut)…




Extraits du "Roman Album", sorte d'art-book consacré à la série TV Devilman, qui substitue à sa fin en queue de poisson la conclusion (pas vraiment adéquate) du manga original de Gô Nagai)...
À SUIVRE ?

Deuxième volume du "Click Manga" Dynamic Robot Taisen…

… où Devilman rencontre une partie du casting de Goldorak.
L’histoire aurait pu continuer dans Dynamic Robot Taisen, un "click manga" (BD interactive sur CD, lisible sur Playstation) produit par Sony et Tokuma Shoten en 1999 : Devilman fait une apparition dans ce crossover réunissant également les deux Mazingers, Goldorak et Gettarobo. Hélas, l’aventure est interrompue dès le deuxième CD, au grand dam des fans de Goldorak également puisqu’on y découvrait le destin d’Euphor après la fin des aventures d’Actarus. Ce n’est pas la seule incursion de ce Devilman alternatif dans le 9ème art, puisqu’en plus d’une cameo dans le manga Mazinger Z (sous forme de statue), il a eu droit à deux "comicizations" différentes dans le magazine pour enfants TV Magazine. À ne pas confondre avec le manga original, ces deux BD, (l'une signée Mitsuru Hiruta et l'autre par Masaru Isogo reprennent fidèlement les intrigues de nombreux épisodes du DA. Seuls les épisodes signés Hiruta furent publiés en format poche, chez Sunday Comics, Nagaoka Comics et ST Comics, ce qui ne les rend pas moins incunables aujourd’hui.


Adaptation du D.A. sous forme de manga par Mitsuru Hiruta.
Devilman n’a pas piqué que son look aux super-héros américains : comme les séries animées US, ses aventures se terminent sur une fin ouverte. Malgré le potentiel évident d’une suite, les relations tumultueuses entre Nagai et Toei Animation, qui nous privent déjà d’une sortie DVD en France de Goldorak, rendent sans doute impossible un tel projet. Pendant ce temps, Gô Nagai persiste à donner des suites au manga Devilman, œuvre parfaite et finie depuis 32 ans…
Jérôme WICKY
Fiche technique :
* Date de réalisation/studio : 1972 / Toei Animation
* Date de diffusion + chaîne si série TV : Du 8 juillet 1972 au 7 avril 1973 sur TV Asahi (NET)
* Sortie française ? Editeur ? : Non
Fiche test :
• Réalisation : 20/20 (*)
• Scénario : 20/20 (**)
• Intérêt global : 20/20 (***)
(*) Sauf si vous avez envie de donner une autre note, 0/20 par exemple.
(**) Sauf si vous avez votre propre opinion.
(***) Sauf si vous êtes contre ce système de notation.

JayWicky- Pègre du dimanche

Re: Devilman, la série TV des 70s
Whaaa, un superbe dossier.
D'autant plus intéressant qu'on parlait des peurs enfantines, au même moment dans d'autres topics : pourquoi les associations de parents se sont elles acharnés sur Goldorak ou Dragon Ball, alors que Leguman de Téléchat était nettement plus flippant? J'imagine ce qui se serait passer avec un Devilman passant à l'antenne à cette époque là!
D'autant plus intéressant qu'on parlait des peurs enfantines, au même moment dans d'autres topics : pourquoi les associations de parents se sont elles acharnés sur Goldorak ou Dragon Ball, alors que Leguman de Téléchat était nettement plus flippant? J'imagine ce qui se serait passer avec un Devilman passant à l'antenne à cette époque là!
_________________


Mad_Chien- Prophète de Vince Vita

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(0/150)
Re: Devilman, la série TV des 70s
Houlà, c'est bien gratiné, même si c'est sûr qu'une adaptation littérale du manga n'aurait pas vraiment été possible :
- Spoiler:
- Avec une fin que n'aurait pas renié Gozzo où la copine d'Akira et son petit frère finissent décapités par une foule en colère qui mettent leur tête au bout d'une pique. Et tout le monde qui se fait massacrer à la fin !


L'Affreux JoJo- Hou ! Hou ! Kakamou !

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(11/150)
Re: Devilman, la série TV des 70s
Hé bé
je ne sais pas ce qui est le plus impressionant : le dossier ou l'oeuvre.
en tout cas merci à JayWicky
je ne sais pas ce qui est le plus impressionant : le dossier ou l'oeuvre.
en tout cas merci à JayWicky
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Berserker- Prophète de Vince Vita

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(6/150)
Re: Devilman, la série TV des 70s
Ah, ça, c'est du bon boulot ! Complet, riche en références, captivant même. Tiens, ça me donne même envie d'essayer de regarder ce dessin animé ou de trouver le manga (et ça, me donner envie à ce point, c'est rare).

Picaro Banzai- Théoricien de la Dé-évolution

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(0/150)
Re: Devilman, la série TV des 70s
Le manga est très court (5 tomes) et devrait normalement être réédité sous peu (l'édition de Dynamic est introuvable actuellement), et la fin est une des plus horribles que j'ai jamais lues !
Et ça paraissait dans un magazine pour jeunes garçons, ça ?!? 
Et ça paraissait dans un magazine pour jeunes garçons, ça ?!? 
L'Affreux JoJo- Hou ! Hou ! Kakamou !

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(11/150)
Re: Devilman, la série TV des 70s
Berserker a écrit:je ne sais pas ce qui est le plus impressionant : le dossier ou l'oeuvre.
J'étais encore plein de sève, à l'époque ! Et en plus, normalement, j'aurais dû être payé.
L'Affreux JoJo a écrit:Le manga est très court (5 tomes) et devrait normalement être réédité sous peu
Mieux vaut ne pas trop attendre dessus, la nouvelle édition annoncée par D/Visual, qui aurait dû être disponible au dernier Japan-Expo (pour cause de présence de Gô Nagai), est restée bloquée à la douane pour je ne sais quelle raison. Et il s'agissait d'une édition spéciale... Je ne sais pas trop comment on appelle ça, mais en gros, il est possible d'éditer un bouquin exclusivement pour un évènement genre festival... mais ça fait du produit en question un objet qui ne peut pas être vendu en dehors de ce contexte.
(C'est compliqué, je ne connais pas assez bien les arcanes de l'édition pour bien comprendre. Une sorte de tirage limité, en gros.)
Ce qui fait que les éditions D/Visual ont désormais sur les bras quelques milliers d'exemplaires de Devilman (mais aussi de deux autres séries, Dynamic Heroes et Mazinger Angels) qui vont finir au pilori parce qu'ils n'ont pas le moyen de les distribuer légalement.
Formidable, non ? Gô Nagai est un peu maudit en France.
Ah, si Elvifrance avait publié son Violence Jack en pocket dans les années 80... (Ca n'aurait pas dépareillé, croyez-moi.)
JW

JayWicky- Pègre du dimanche

Re: Devilman, la série TV des 70s
Tres bon article (j'aurais pas fait mieux
) mais est-ce que tu m'en dire plus sur ce magazine Babylon, je connaisais tout les revues sur les mangas publier en France mais celui la m'est complement inconnu 

Alyeenna- Pègre du dimanche

Re: Devilman, la série TV des 70s
C'était pas une émission sur la défunte Cinq sur la "culture pop" ? Il y avait des émissions sur les jeux vidéos, les animés japonais, les films d'horreur, ...

L'Affreux JoJo- Hou ! Hou ! Kakamou !

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(11/150)
Re: Devilman, la série TV des 70s
on parle la d'un magazine papier d'y a 4 ans, la cinq est morte dans les annees 80

Alyeenna- Pègre du dimanche

Re: Devilman, la série TV des 70s
Avril 1992, inculte 
(Bien qu'on puisse dire que les années 1980 étaient encore en rémanence)

(Bien qu'on puisse dire que les années 1980 étaient encore en rémanence)

240-185- Explosion minimaliste

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(0/0)
Re: Devilman, la série TV des 70s
haa mais désoler ne pas savoir la date exact de la fin d'une societé mediatique, ce n'est pas de l'inculture 

Alyeenna- Pègre du dimanche

Re: Devilman, la série TV des 70s
Alyeenna a écrit:Tres bon article (j'aurais pas fait mieux) mais est-ce que tu m'en dire plus sur ce magazine Babylon, je connaisais tout les revues sur les mangas publier en France mais celui la m'est complement inconnu
Ca me paraît un peu présomptueux comme affirmation, les magazines consacrés aux manga et animés sont légion (même si certains n'ont pas duré plus d'un ou deux numéros), comment réussir à suivre tout ce qui est sorti à une époque ?
Enfin, quoiqu'il en soit, Babylon était édité par Japan Culture Press. Je ne sais pas si la société existe encore.
Voilà la couverture du n° dans lequel l'article est paru :

JW

JayWicky- Pègre du dimanche

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